Le Sarkophage - Journal d'analyse politique - contre tous les sarkozysmes

14 juillet 1789 : prise de la Bastille
14 juillet 2007 : lancement d'un nouveau journal d'analyses politiques

Vers une gauche antiproductiviste ?
Editorial N° 6

L’Italie a de nouveau Berlusconi. Sarkozy fut le premier à féliciter son clone pour sa réélection triomphale. Quelles leçons pouvonsnous tirer en France de cette tragédie italienne ? Tout d‘abord, qu’un même masochisme réunit les électeurs des deux côtés des Alpes. Ensuite, que l’expérience malheureuse de deux gouvernements Berlusconi n’a rien appris au peuple italien, pas plus qu’une mandature Sarkozy ne suffira à vacciner l’électorat français. Cette droite italienne qui revient aux affaires est encore plus à droite que l’ancienne. Ce scénario de droitisation continue est aussi l’hypothèse la plus probable pour la France. La gauche italienne est totalement défaite. La gauche radicale a disparu du Parlement.Walter Veltroni, ex-dirigeant communiste et leader du nouveau Parti démocrate, a de ce point de vue totalement réussi son pari : éliminer la gauche de la vie politique italienne. On se souvient de son slogan de campagne : « Nous sommes réformistes, non de gauche », et de sa volonté affichée de « se placer à équidistance entre les travailleurs et les entreprises… ». La situation en Espagne ne vaut guère mieux : le leader « socialiste » Zapatero a été réélu en mars, au terme d’une campagne ouvertement « orange » qui ne lui a cependant pas permis de mobiliser l’électorat centriste. La coalition écolo-communiste « Gauche unie » a, elle, très fortement

reculé, et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) s’est effondrée.
En France aussi, les gauches peuvent totalement disparaître de la scène politique.
Pas seulement la fausse gauche qui fait la politique de la mondialisation capitaliste avec simplement un zeste de compassion pour ceux qui ne savent pas s’adapter assez vite. Mais la vraie gauche, celle qui aspire encore à une transformation sociale, qu’elle se donne pour objectif d’arriver au pouvoir pour utiliser l’État dans sa lutte contre le capitalisme, ou celle qui, avec John Holloway, entend changer le monde sans prendre le pouvoir. Cessons de les opposer : ces deux gauches forment un seul parti et gagneront ou perdront ensemble. Elles perdront si le peuple de gauche, ses militants et ses leaders persistent dans la voie actuelle de division. Car, face à l’échec d’une convergence par le haut, alors que ce qui sépare Mélenchon de Buffet est bien moins important que ce qui oppose le premier à la direction socialiste et la seconde aux courants néostaliniens qui refont surface au sein du parti communiste, et face aussi à l’échec d’une convergence par le bas, en l’absence d’un projet fort et de leaders emblématiques capables de l’incarner, le plus probable est bien la crispation des appareils et le narcissisme des petites différences au nom de la défense des identités politiques…
Cette tentation est celle de la défaite, celle qui conduirait à la réélection de Sarkozy en 2012 ou à la victoire électorale d’un rose-orange acquis aux thèses de la mondialisation joyeuse…

La seule façon aujourd’hui de faire mentir cette histoire est un volontarisme politique, volontarisme tempéré cependant par l’existence de réelles convergences entre nos courants. Première thèse : le sarkozysme, comme le berlusconisme, n’est pas seulement la continuation de la même droite, même beaucoup plus à droite, car ces greffons de la contre-révolution conservatrice mondiale considèrent que les trois périodes historiques ouvertes par 1917, 1789-1793 et les Lumières seraient de simples parenthèses qu’il serait possible de refermer… Tant que nous ne tirons pas toutes les conséquences du fait que la période est contre-révolutionnaire, nous nous tromperons tactiquement et stratégiquement, comme le prouve la difficulté des gauches à penser la nature des réformes qu’impose cette contre-révolution. Nous camperons dans la dénonciation de la politique de rigueur, alors que c’est la place même de l’État, de la fonction publique, des politiques publiques, de l’intérêt général qui est en cause. Deuxième thèse : l’effondrement idéologique et politique des gauches se produit paradoxalement dans un contexte qui rend leur programme toujours plus actuel et possible. Car face à la conjonction des crises écologiques, sociales et de la dignité humaine nous ne pouvons plus refouler (ou reporter) la grande question du partage d’autres types de richesses. De par son histoire, la gauche a certains outils théoriques et une sensibilité lui permettant d’envisager une rupture avec la domination des uns sur les autres et de tous sur la planète.

Responsable rédaction : Paul Ariès