| Vers une gauche antiproductiviste ?
Editorial N° 6
L’Italie a de nouveau Berlusconi. Sarkozy fut le premier à féliciter
son clone pour sa réélection triomphale. Quelles leçons pouvonsnous
tirer en France de cette tragédie italienne ?
Tout d‘abord, qu’un même masochisme réunit les électeurs des
deux côtés des Alpes. Ensuite, que l’expérience malheureuse de
deux gouvernements Berlusconi n’a rien appris au peuple italien,
pas plus qu’une mandature Sarkozy ne suffira à vacciner l’électorat
français. Cette droite italienne qui revient aux affaires est encore
plus à droite que l’ancienne. Ce scénario de droitisation continue
est aussi l’hypothèse la plus probable pour la France.
La gauche italienne est totalement défaite. La gauche radicale a disparu
du Parlement.Walter Veltroni, ex-dirigeant communiste et leader
du nouveau Parti démocrate, a de ce point de vue totalement
réussi son pari : éliminer la gauche de la vie politique italienne. On
se souvient de son slogan de campagne : « Nous sommes réformistes,
non de gauche », et de sa volonté affichée de « se placer à
équidistance entre les travailleurs et les entreprises… ». La situation
en Espagne ne vaut guère mieux : le leader « socialiste » Zapatero
a été réélu en mars, au terme d’une campagne ouvertement
« orange » qui ne lui a cependant pas permis de mobiliser l’électorat
centriste. La coalition écolo-communiste « Gauche unie » a, elle,
très fortement |
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reculé, et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC)
s’est effondrée. En France aussi, les gauches peuvent totalement disparaître de la
scène politique.
Pas seulement la fausse gauche qui fait la politique de la mondialisation capitaliste
avec simplement un zeste de compassion pour ceux qui ne savent pas s’adapter
assez vite. Mais la vraie gauche, celle qui aspire encore à une transformation
sociale, qu’elle se donne pour objectif d’arriver au pouvoir pour utiliser l’État dans
sa lutte contre le capitalisme, ou celle qui, avec John Holloway, entend changer le
monde sans prendre le pouvoir. Cessons de les opposer : ces deux gauches forment
un seul parti et gagneront ou perdront ensemble. Elles perdront si le peuple de
gauche, ses militants et ses leaders persistent dans la voie actuelle de division. Car,
face à l’échec d’une convergence par le haut, alors que ce qui sépare Mélenchon
de Buffet est bien moins important que ce qui oppose le premier à la direction
socialiste et la seconde aux courants néostaliniens qui refont surface au sein du
parti communiste, et face aussi à l’échec d’une convergence par le bas, en l’absence
d’un projet fort et de leaders emblématiques capables de l’incarner, le plus
probable est bien la crispation des appareils et le narcissisme des petites différences
au nom de la défense des identités politiques…
Cette tentation est celle de la défaite, celle qui conduirait à la réélection de Sarkozy
en 2012 ou à la victoire électorale d’un rose-orange acquis aux thèses de la
mondialisation joyeuse…
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La seule façon aujourd’hui de faire mentir cette histoire
est un volontarisme politique, volontarisme tempéré cependant par l’existence de
réelles convergences entre nos courants.
Première thèse : le sarkozysme, comme le berlusconisme, n’est pas seulement la
continuation de la même droite, même beaucoup plus à droite, car ces greffons de
la contre-révolution conservatrice mondiale considèrent que les trois périodes historiques
ouvertes par 1917, 1789-1793 et les Lumières seraient de simples parenthèses
qu’il serait possible de refermer… Tant que nous ne tirons pas toutes les
conséquences du fait que la période est contre-révolutionnaire, nous nous tromperons
tactiquement et stratégiquement, comme le prouve la difficulté des
gauches à penser la nature des réformes qu’impose cette contre-révolution. Nous
camperons dans la dénonciation de la politique de rigueur, alors que c’est la place
même de l’État, de la fonction publique, des politiques publiques, de l’intérêt général
qui est en cause.
Deuxième thèse : l’effondrement idéologique et politique des gauches se produit
paradoxalement dans un contexte qui rend leur programme toujours plus actuel et
possible. Car face à la conjonction des crises écologiques, sociales et de la dignité
humaine nous ne pouvons plus refouler (ou reporter) la grande question du partage
d’autres types de richesses. De par son histoire, la gauche a certains outils
théoriques et une sensibilité lui permettant d’envisager une rupture avec la domination
des uns sur les autres et de tous sur la planète.
Responsable rédaction : Paul Ariès |