Le Sarkophage - Journal d'analyse politique - contre tous les sarkozysmes
Numéro 1 en kiosque du 14 juillet au 15 septembre 2007
Numéro 2 en kiosque à partir du 15 septembre 2007
Numéro 3 en kiosque à partir du 17 novembre 2007
Numéro 4 en kiosque à partir du 19 janvier 2008
Numéro 5 en kiosque à partir du 19 janvier 2008
Numéro 6 en kiosque à partir du 17 mai 2008
Numéro 7 en kiosque à partir du 17 juillet 2008
Numéro 8 en kiosque à partir du 13 septembre 2008
Sommaire numéro 8

Contre la casse de l’audiovisuel public
Jean-François Téaldi

Pourquoi les pauvres deviennent conservateurs
Paul Ariès

Les « petits-moyens »
Marie Cartier, Isabelle Coutant, Olivier Masclet, Yasmine Siblot

Vers un pacte social mondial sur l’eau
Ricardo Petrella en collaboration avec Philippe Godard

Histoire et actualité
Jean-Luc Debry

Libres propos
Martine Billard

Menaces sur le savoir scientifique
Jérôme Bourdieu et Georges Debrégas

Réforme des lycées : où va-t-on ?
Daniel Rome

La frénésie sécuritaire
Laurent Mucchielli

Après Edvige, Cristina
Charlotte Belge

Les amoureux au ban public
Serge Slama

France, terre d’asile ?
Pierre Henry

Nucléaire : un mensonge d’État privatisé
Lilian Noiret

Société moderne, ou société totale ?
Marc Thiland

Violence
Georges Labica

Faut-il sauver la PAC ?
Ambroise Mazal

Le mépris, entre oubli et reconnaissance
Michel Lepesant

La dette publique, une affaire rentable
André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder

Contre la casse de l’audiovisuel public (extrait)
Jean-François Téaldi, Porte-parole de la CGT et de l’intersyndicale de l’audiovisuel public

Les services publics à la française nous sont enviés dans le monde entier. Que ce soit la SNCF, la Sécurité sociale, les hôpitaux, la poste, les prud’hommes ou EDF, ils assurent un service égal pour tous. Dans leur volonté de gérer ces services publics comme des entreprises dont le but principal serait de remplir les poches des actionnaires du CAC40, le président de la République, son gouvernement et la majorité de droite au Parlement sont en train de les casser et de préparer leur privatisation, aidés en cela par la très libérale Commission européenne. Il en va de même pour le service public audiovisuel.
Le 8 janvier dernier le président de la République annonçait la suppression de la publicité sur tout l’audiovisuel public. Pourquoi pas, si cette décision avait été prise pour améliorer le contenu des programmes et renforcer le pluralisme de l’information. Mais pas du tout ! Le Président avait tout simplement décidé de faire cadeau de 800 millions d’euros à ses amis Bouygues, Bolloré et consorts qui possèdent les télévisions privées, amputant de 30 % le budget de France Télévisions et de 55 millions celui de Radio-France, sans trouver de financement alternatif crédible ! Depuis l’annonce présidentielle, France 3 a perdu à elle seule 56 millions d’euros de publicité et a dû faire 26 millions d’euros d’économies pour l’année 2008 : 6,5 millions sur des investissements techniques et informatiques, handicapant ainsi son avenir sur le Net, l’ADSL, la téléphonie mobile... alors que les groupes privés investissent à tours de bras dans ce secteur ; 8,3 millions sur la grille de programmes, pénalisant ainsi le téléspectateur qui paye la redevance. Car qui dit diminution des productions dit rediffusions de programmes, réduction de la durée et des éditions d’informations locales et régionales durant l’été...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 8 du Sarkophage, en kiosque à partir du 13 septembre.

Histoire et actualité (extrait)
Jean-Luc Debry, Collaborateur de la revue Gavroche

La primarité émotive de l’actualité s’est substituée, petit à petit, à la propagation d’une culture qui échappait à l’emprise de l’idéologie dominante. La difficulté aujourd’hui – notamment à gauche – de transmettre l’histoire propre aux milieux populaires, singulièrement absente de l’histoire officielle, représente un réel défi. Résister peut prendre la forme d’un travail éditorial sur l’exploration de cette histoire, un acte militant et salutaire que la revue Gavroche poursuit depuis 1981.
L’actualité est un dispositif idéologique qui se présente comme une succession d’événements se chassant l’un l’autre et fonctionnant avant tout sur l’émotion. Sa nature intrinsèquement spectaculaire se vérifie chaque jour. C’est sans doute pourquoi le fait divers en est la clé de voûte. Sous son auspice s’opère une sorte de nivellement qui tend à mettre sur la même équivalence un meurtre, une émeute, une grève ou plus largement un fait social qui serait l’expression d’une crise économique ou politique aux conséquences dramatiques.
Cette présentation du temps et de l’espace social, réduite à un éternel présent sans passé, implique évidemment que, dans sa fragmentation, la mise en perspective d’un espace historique constitué d’un contexte social et politique infiniment plus complexe soit désormais difficile, voire impossible, à concevoir autrement que comme un acte de résistance effectué en conscience. C’est en fait la capacité d’analyse et de compréhension de soi en tant que sujet social acteur de sa propre histoire qui est oblitérée. Le sujet social est ainsi dépossédé de lui-même.
Dans le meilleur des cas, des faiseurs d’histoires qui mettent en scène le pouvoir dans sa légitimité, son décorum, et par conséquent sa séduction, donnent en pâture au public une mythologie où se mêlent culte de la personnalité et geste fondatrice d’une dynastie qui, à elle seule, explique le présent, ou encore justifie le culte nostalgique de l’ordre ancien.
Confondre l’histoire au sens large avec celle du pouvoir, réduire les mouvements populaires à l’état de figuration sans grande intelligence, sans identités distinctes de l’appareil de domination (économique, militaire et idéologique) revient à signifier la nature transcendante de l’organisation sociale qui oppose à la trivialité émotive de l’agitation populaire la sacralisation d’hommes et de femmes frappés par la grâce (les chefs). Autrement dit, il s’agit de doter cet appareil de domination idéologique d’une iconographie qui lui donne une légitimité immémoriale. Mais l’histoire comme mise à distance de l’actualité, comme volonté d’analyser, expliquer, explorer l’événement dans sa chronologie, de comprendre la nature des rapports de force qui opposent des acteurs pris dans la tourmente d’une dialectique de l’affrontement (social, militaire et politique), l’histoire comme champ d’expression de la conscience autonome du peuple, relève d’une tout autre ambition...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 8 du Sarkophage, en kiosque à partir du 13 septembre.

Menaces sur le savoir scientifique (extrait)
Jérôme Bourdieu et Georges Debrégas, Économiste et physicien, militants de « Sauvons la recherche »

Fermeture de centres de recherches « non rentables », suppression de 900 postes dans l’enseignement supérieur et la recherche. Le gouvernement applique la politique annoncée par Sarkozy lors la cérémonie en l’honneur d’Albert Fert, le 28 janvier 2008. Entre contre-vérités et choix idéologiques, politiques et économiques, quels sont les grands axes de la recherche à l’heure de l’hyper-capitalisme « vert »? En quoi le rapport Attali tend-il à casser l’instrument de recherche français? Comment une gauche antiproductiviste pourrait-elle penser une recherche débarassée de la pression financière?
« La France vit depuis 1968 dans la crainte des manifestations étudiantes. Aucun gouvernement n’a réussi à réformer depuis, en profondeur, un système qui n’est plus adapté au monde moderne. […] Les aménagements postérieurs à 1968 n’ont pas rompu totalement avec cette idée bien française que la finalité de l’Université n’est pas de s’adapter, mais de transformer la société. » - Claude Goasguen, délégué général chargé de la Recherche et de l’Université à l’UMP, lors de la campagne présidentielle de 2007.
La recherche et l’université se voient imposer depuis quelques années une salve de réformes d’une rare violence. Après la loi pour la recherche votée en 2006, qui a profondément modifié les modes de financement de la recherche publique, la loi LRU (libertés et responsabilités des universités) adoptée l’été dernier s’est attaquée aux structures universitaires. Dernier acte de cette « révolution », les organismes de recherche (le CNRS, l’INRS, l’INSERM, etc.), déjà largement affaiblis par ces précédentes lois, sont en passe d’être littéralement démantelés.
Présentée comme centrale dans le programme de réforme de l’État par l’équipe sarkozyste (« la réforme de l’université » a été décrite comme la plus importante de la mandature par Fillon), cette série de mesures cache sous des annonces d’augmentation de moyens en trompe-l’oeil, des intentions politiques rarement énoncées de façon explicite et pourtant tout à fait funestes. Il est possible néanmoins, à condition de prendre un peu de recul, d’en distinguer trois principales : La première motivation est de faire entrer dans la sphère marchande les productions et les modes de productions des secteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur : ces secteurs sont sommés de transmettre des savoirs immédiatement opérationnels et de faire des découvertes utiles et exploitables économiquement ; et chaque université, chaque centre de recherche doit se constituer en prestataire de services éducatifs ou de production de connaissance en concurrence avec tous les autres. Il s’agit là de l’application, au niveau national, des exigences de libéralisation européennes énoncées notamment dans la déclaration de Bologne sur l’enseignement supérieur et de Lisbonne sur « la société de la connaissance ». Afin de faire de l’Europe la « première économie de la connaissance », il s’agit de mettre en concurrence les centres universitaires européens, et d’ouvrir le marché de l’enseignement et de la recherche au secteur privé. Notons que cette doctrine, qui veut faire de chaque université un acteur économique autonome, pourvoyeur de formation et bureau d’étude, est largement partagée par la classe politique française, bien au-delà de la majorité actuelle. La réforme LRU n’a été rejetée que du bout des lèvres par une partie seulement du PS, et a été saluée par une autre, puisqu’elle est conforme aux transformations initiées sous Jospin...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 8 du Sarkophage, en kiosque à partir du 13 septembre.

La frénésie sécuritaire (extrait)
Laurent Mucchielli, Sociologue, directeur de recherches au CNRS

« L’insécurité est à la mode, c’est un fait. » Cette phrase fut écrite par un journaliste de La Petite République en… 1907. La question n’est donc pas nouvelle. Elle est cependant revenue en force dans le débat public à partir du milieu des années 1970, et ne l’a plus quitté depuis. Longtemps, ce thème a clivé le débat politique. Pour simplifier, la gauche, attentive aux « causes sociales », voulait tenir ensemble répression et prévention, la droite, simplement répressive, tournait autour du thème traditionnel du « retour à l’ordre ». Puis, dans le courant des années 1990, ce clivage s’est progressivement estompé. Revenue au pouvoir en 1997, la gauche « plurielle » a voulu occuper pleinement ce terrain. Lors du colloque de Villepinte en octobre 1997, le nouveau gouvernement proclama que la sécurité était une valeur républicaine, « ni de droite ni de gauche », et qu’elle serait l’une de ses priorités. Un tournant était pris et une escalade était engagée, sur un double plan médiatique et politique.
Sur le plan médiatique, on assista dès 1998 à une campagne de disqualification visant les journaux qui soulignaient encore les causes sociales de « l’insécurité » et des « violences urbaines ». « Menée par l’hebdomadaire Marianne et le quotidien Le Figaro, cette campagne vise les quotidiens Libération et Le Monde, constitués en symboles de “l’angélisme de gauche”, tandis que l’époque serait enfin celle d’un “réalisme” politique et médiatique en la matière », rappelle Éric Macé. De fait, sera délégitimé tout discours critique ou même modéré, au profit d’une pensée unique catastrophiste, expliquant que les choses vont toujours plus mal, que la délinquance « explose », que les délinquants sont « de plus en plus jeunes et de plus en plus violents », qu’ils n’ont plus aucune morale, que le chômage et les institutions n’y sont pour rien, que c’est la faute de parents « démissionnaires » et de juges « laxistes », qu’il faut donc « passer à autre chose » pour rétablir « enfin » l’ordre et la sécurité.
Sur la scène politique, si la droite ne fut pas en reste, la gauche lui facilita le travail. Dès le mois de janvier 1999, Lionel Jospin voulut afficher une fermeté inédite, peutêtre sous l’influence de son ministre de l’Intérieur, Jean- Pierre Chevènement. De fait, il rompit avec toute une tradition intellectuelle et politique en déclarant qu’il fallait cesser de parler des problèmes économiques et sociaux pour ne pas « donner des excuses aux délinquants ». En reprenant ainsi à son compte les amalgames et le vocabulaire même de ses adversaires politiques, Jospin espérait sans doute leur couper l’herbe sous le pied et les priver d’arguments. Il ne comprit pas qu’il renforçait ainsi la préoccupation sécuritaire chez ses propres électeurs et qu’il donnait le coup d’envoi d’une course à l’insécurité qu’il ne pouvait que perdre. La surenchère médiatique et l’instrumentalisation politique des statistiques et des faits divers aidant, en 2002 les électeurs ont logiquement « préféré l’original à la copie »...

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Nucléaire : un mensonge d’État privatisé (extrait)
Lilian Noiret, Membre de l’association Citoyens du monde

Suite aux récents événements dans le Vaucluse sur le site nucléaire du Tricastin et à Romans-sur- Isère dans l’usine franco-belge de fabrication de combustible (FBFC), une série de questions essentielles se posent dans le contexte où nous nous trouvons (c’est-à-dire, alors que nous voulons construire un nouvel EPR) : si nous choisissons de produire notre énergie avec du nucléaire, est-il possible que la production soit privatisée ? Doiton avoir confiance en l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) ? Celle-ci a-t-elle les moyens de faire pression sur des entreprises privées telles qu’Areva pour que les normes de sécurité soient respectées ? Ne doit-on pas abandonner le nucléaire (comme le réclament les partis et associations écologistes depuis au moins trois décennies) avant de connaître une catastrophe d’envergure nationale, européenne ou mondiale ?
Le nucléaire, présenté comme « une production d’énergie écologique », justifié par un moindre rejet de CO2 dans l’atmosphère (lorsque les Français allument leur chauffage au même moment en hiver, il nous faut acheter notre énergie en Allemagne, c’est-à-dire avec du charbon qui rejette du… CO2) a montré ses limites par quatre fois. La question du nucléaire pose des problèmes d’ordre énergétique, économique, biologique, politique, bioéthique...
L’usine Socratis, qui procédait au nettoyage d’une cuve le 8 juillet dernier à 6 h 30 du matin, a-t-elle pris toutes les précautions nécessaires pour éviter le « rejet accidentel » de 30 m3 d’effluents contenant 12 grammes d’uranium par litre, selon les préfectures de la Drôme et du Vaucluse ? L’ASN a-telle un pouvoir effectif sur une filiale d’Eurodif ?
Le porte-parole de Socratis (la filiale d’Eurodif) déclare : « À la suite du transfert d’une solution contenant de l’uranium d’une cuve à l’autre, il y a eu un débordement. » Comment est-il possible, lorsqu’on manipule un produit aussi toxique que l’uranium, de manquer une opération de transfert ? Pourquoi et comment cette solution a-t-elle fini par se propager dans deux ruisseaux proches que sont la Gaffière et l’Auzon ? Le plus inquiétant réside dans le problème d’étanchéité qui aurait provoqué la fuite de 360 kg, officiellement « repompés », ce qui a eu pour conséquence principale la destruction des récoltes environnantes suite au manque d’eau.
Autre problème, le tumulus où l’uranium militaire a été stocké n’a pas été signalé entre 1969 et 1998 (approximativement), c’est en 1999 que l’on a relevé 3,6 tonnes d’uranium dans le réseau pluvial, la quantité maximale qui aurait pu être déversée serait de 900 kg, sachant que « la radioactivité se dilue comme de l’acide dans de l’eau » selon les dires d’un spécialiste en thermodynamique. « Nous avons mis en place une organisation de crise qui a permis de gérer cet incident à caractère environnemental […] il n’y a eu aucune incidence sur le bon fonctionnement de l’usine et aucune évacuation n’a été nécessaire », déclare l’attaché de communication du site. Mensonge ou réalité, propagande ou sécurité ?
La question de la sécurité nucléaire pose problème, l’ASN a beau dire que cette fuite n’est qu’un accident avec un niveau de « risque 1 », on se souvient du nuage de Tchernobyl qui s’est « stoppé » net à la frontière italienne, selon Nicolas Sarkozy (déjà haut placé dans les années 1990), certainement de peur d’être reconduit dans son pays d’origine par le Brice Hortefeux de l’époque (sic) ?...

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Violence (extrait)
Entretien avec Georges Labica, Philosophe

Le dernier livre de Georges Labica, Théorie de la violence (Vrin, 2008), est un merveilleux ouvrage par son écriture et son érudition. Un ouvrage nécessaire aussi, au moment où tant de militants sont tentés par la désobéissance civique (faucheurs d’OGM, déboulonneurs, etc.). Les légitimes résista,ces que provoque cette violence structurelle, ouvrent la voie à la violence émancipatrice. La violence est porteuse d’une souffrance qui balance entre l’infligé et le subi, l’intermittent et le continuel, l’accidentel et le tenace. Son concubinage avec le politique égare trop souvent le jugement.
Le Sarkophage : Pourquoi ce livre?
Georges Labica : Les raisons ne manquent pas. Je vous en donne deux. Tout d’abord, j’ai eu très tôt la conscience d’être un enfant du XXe siècle, c’est-à-dire du siècle de la mort de masse, sans doute le siècle le plus sanglant et le plus meurtrier de l’histoire avec, en continu, sa multitude de guerres « mondiales » et locales, impérialistes et coloniales, aggravées d’exterminations. Ce siècle nous a fait passer d’un artisanat de la violence à une industrialisation programmée. Le Progrèsdes- sciences-des-techniques-et-dela- démocratie exprimé en dizaines de millions de morts. Je me souviens des cadavres écrasés sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale, des milliers de mutilés et de la sortie des camps de la mort, sur fond de villes en ruine. Hiroshima, symbole de la Civilisation. La guerre de libération algérienne, où les paras jetaient des villageois dans des puits, suivie de celle du Vietnam, accompagnée des prodiges du napalm et de l’agent orange, qui furent mes premiers engagements militants. D’autre part, mais la liaison est évidente, mon orientation professionnelle en philosophie politique m’a familiarisé avec une réflexion sur la violence révolutionnaire. J’ai ainsi écrit nombre d’articles, d’études et de livres sur ces personnages emblématiques de situations de crise que furent Robespierre, Marx, Engels, Lénine ou Fanon, tout particulièrement.
L.S. : Tu dis qu’il n’existe pas un concept de violence. Comment justifies- tu ce jugement surprenant ?
G.L. : Je m’appuie sur un constat concernant les formes et les expressions de la violence.
La liste des actes de violence défie le recensement : des incivilités de cours de récré aux drames entre conjoints, aux névroses familiales et aux serial killers; du harcèlement moral à la torture et à l’assassinat dûment légalisés ; des accidents du travail ou de la route aux suicides et aux sacrifices héroïques... La littérature, le cinéma, la télévision, les reportages et autres enquêtes sont gavés et nous gavent de violence. Les pires formes sont banalisées, qu’elles soient physiques, psychologiques, morales ou sociales et suscitent de nouveaux thérapeutes en agressologie, en victimologie... En bonne vieille logique aristotélicienne, on dirait que la notion de violence a une compréhension faible ou quasi nulle, alors que son extension est infinie. C’est un objet sur lequel le philosophe a le plus grand mal à mettre la main. En attestent les difficultés rencontrées par tous ceux qui ont tenté d’en donner une définition et ce fait que la violence n’est devenue, en tant que telle, une matière à penser qu’à une époque relativement récente – 60 ou 70 ans –, en relation à coup sûr avec la figure de notre XXe siècle. Il s’est passé quelque chose d’analogue chez les historiens, lorsqu’ils ont convenu que le « massacre » était un « objet d’histoire »...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 8 du Sarkophage, en kiosque à partir du 13 septembre.