Le Sarkophage - Journal d'analyse politique - contre tous les sarkozysmes
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Numéro 15 en kiosque le 14 novembre 2009
Numéro 16 en kiosque à partir du 16 janvier 2010
Sommaire numéro 10

Face à la crise, peut-on payer les gens à ne rien faire ?
Baptiste Mylondo

Les traders avaient du mérite
Laure Pascarel et Sylvain Raifaud

Comment la droite comble les désirs du MEDEF
Gérard Filoche

Forçats de la consommation ou forçats du travail ?
Marie-Anne Dujarier

Le coin des sophistes
Laurent Paillard

Comment s’opposer à la ville capitaliste ?
Gustave Massiah

Une droite toujours aussi conservatrice
Laurent Paillard

Le plan B de Jacques Attali
Christian Jacquiau

La politique du Symbole
Laurent Paillard

La bataille idéologique de la finance carbone
Aurélien Bernier

Illusions françaises, impuissance européenne
Jean-Luc Pujo

Démocratie direct
Minga

Les OGM, une avancée vers un humain génétiquement modifié ?
Philippe Godard

L’argent à l’agonie
Thierry Ribault

La monnaie fondante pour échapper à la crise ?
Axel Othelet

Pour l’écosocialisme
Raoul-Marc Jennar

Etat d’exception, ou obsession sécuritaire néo-libérale ?
Florent Bussy

Face à la crise, peut-on payer les gens à ne rien faire? (extrait)
Baptiste Mylondo, Essayiste

Les milieux antiproductivistes ont relancé la question d’un revenu garanti. Cette idée soulève nombre de questions éthiques ou morales qui restent malheureusement largement occultées par de simples considérations comptables. La question du financement reste une objection facile permettant de balayer d’un revers de main une proposition jugée utopique. Pour rouvrir le débat sur ce revenu inconditionnel, le défi comptable doit donc être relevé.
Le revenu inconditionnel? « Une douce utopie », sourit Martin Hirsch. Et encore, son jugement attendri ne s’adresse qu’au modeste « dividende universel » proposé par sa collègue Christine Boutin. Il est vrai que le coût de cette mesure s’élèverait, selon les calculs de la ministre du logement, à près de 300 milliards d’euros par an... On est loin des 4 milliards d’euros que notre Haut-commissaire aux solidarités actives peine à rassembler pour financer son RSA. 300 milliards d’euros, la somme est conséquente et le verdict tombe: utopique. Pensez donc, une politique sociale à 300 milliards d’euros! Pourquoi pas un système de retraites à 220 milliards d’euros, une assurance chômage à 40 milliards et une assurance maladie à 180 milliards d’euros? Toutes ces utopies sociales sont pourtant bien concrètes aujourd’hui, notre société consacrant au total chaque année quelques 500milliards d’euros au financement de la protection sociale. Qui pourrait s’en plaindre? Alors, utopique le revenu inconditionnel? Certainement pas! ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 10 du Sarkophage, en kiosque à partir du 17 janvier.

Les traders avaient du mérite (extrait)
Laure Pascarel et Sylvain Raifaud, Porte-parole d’Utopia au Parti socialiste et chez les Verts

Il fallait indéniablement que les traders aient du « mérite » pour gagner des salaires et des bonus que le commun de nos concitoyens peine à concevoir. Et pour cause, ils permettaient de huiler les rouages du système, de financer l’économie, de stimuler la croissance. Comment ne pas être fiers de cette population qui est au coeur du système capitaliste, au coeur de ce système qui nous a menés à un haut niveau de « développement »? Et pourtant... En quelques semaines, tout semble avoir changé. Comment expliquer un basculement si violent ? Ceux-là mêmes que l’on encensait doivent être punis pour leur témérité, et le capitalisme devrait être « refondé » selon l’expression même du Président de la République Française. Mais quand on creuse, il s’agit tout au plus de limiter les bonus, certainement pas de récupérer ceux qui ont été outrancièrement versés ces dix dernières années. De même, il ne s’agit de redonner une place à l’État qu’à titre temporaire, jusqu’à la fin de l’orage
Nos traders symbolisent tout un système orienté vers l’accumulation des profits et leur accaparation par quelques uns. Nos traders sont d’abord là pour acheter les actions des entreprises dont ils espèrent qu’elles prendront de la valeur. Et pour ce faire, ils contraignent les firmes à comprimer la masse salariale (les « licenciement boursiers ») et les droits des salariés, « restructurer et moderniser » l’économie. Il convient aussi de délocaliser les firmes pour tirer parti des dumpings fiscal et social. Cette recherche du profit est, de surcroît, une recherche de profit à court terme. Le développement du bien commun, l’intérêt de la collectivité ne sont pas valorisés. C’est ainsi que l’accès à l’eau est souvent entre les mains d’entreprises privées qui font passer la rentabilité devant l’accès de tous à cette ressource essentielle à la vie. C’est ainsi que la recherche est d’autant plus sinistrée que ses applications ou les retours sur investissement attendus sont faibles ou incertains (pourquoi développer des médicaments pour les maladies du tiersmonde ?).
On peut pourtant légitimement penser que le développement du bien commun aura des répercussions bénéfiques à long terme, y compris sur les entreprises. En revanche, pour revenir à lui, notre trader peut valoriser un ouragan ou une guerre car ces événements génèrent de la croissance : il faut produire les armes et il faudra reconstruire les ruines laissée par la catastrophe naturelle. Notre trader sait aussi valoriser les matières premières agricoles en spéculant sur la famine mondiale et sur les aléas climatiques. Notre trader pousse au développement des retraites par capitalisation ou au remplacement progressif des assurances sociales par des assurances privées... Et puis nos traders deviennent fous en s’échangeant des produits financiers qu’eux-mêmes ne comprennent plus. Mais, jusque là, notre trader avait du mérite... puisqu’il recevait ses énormes bonus...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 10 du Sarkophage, en kiosque à partir du 17 janvier.

Comment la droite comble les désirs du Medef (extrait)
Gérard Filoche, Inspecteur du travail, militant socialiste

Depuis le 1er mai 2008, Chirac-Sarkozy-Fillon-Larcher- Bertrand ont imposé une « recodification » scélérate du Code du travail. Ils empilent de surcroît les lois dites de « modernisation » du marché du travail qui facilitent la déréglementation tous azimuts. Ils organisent ainsi le retour en arrière, comme le réclame Laurence Parisot, vers le XIXe siècle, c’est à dire vers des contrats individuels de gré à gré au détriment du droit collectif : avec des CDD de 36 mois, la « séparabilité » au lieu du licenciement, l’extension des périodes d’essai à 8 mois, des possibilités nouvelles de déroger à la durée légale du travail, la fragilisation des élus du personnel et des délégués syndicaux. Les « lois Bertrand » se rajoutent désormais à ce sale travail.
Le Conseil Constitutionnel a validé, le 17 janvier 2008, l’ordonnance du 7 mars 2007 dans un silence médiatique général en pleine campagne présidentielle malgré ses 994 pages : cette ordonnance « recodifie » la partie législative du Code du travail sans que la partie réglementaire soit connue. L’ensemble du nouveau Code est entré en vigueur le 1er mai 2008.
Cette réforme est l’abou - tissement d’un processus initié par une loi du 9 décembre 2004 et réalisé sous l’impulsion d’une commission mise en place par Gérard Larcher, ministre du Travail... Les syndicats et la gauche ont contesté la méthode et le fonds de cette « recodification » : véritable « coup de force » pour passer le code du travail à l’acide des exigences néo-libérales du Medef.
faite sans concertation aucune, sans tenir compte des objections des syndicats : le Code de 9 livres a été ainsi entièrement redécoupé en 8 parties, avec 416 caractères en moyenne par article contre 894 dans l’ancien, il a donc été réduit de 10 % (de 1690 170 signes à 1 520 930 signes), mais, là où il y avait 271 subdivisions, on en trouve dorénavant 1891, là où il y avait 1891 articles de loi, il y en a 3 652 !
Tous les anciens articles ont été redécoupés, rénumérotés avec quatre chiffres, le tout pour mieux ouvrir la porte à la remise en cause de la jurisprudence. Ces réécritures affectent bien sûr le fond théorique et pratique du Code. 500 lois ont ainsi été déclassées en décrets modifiables à l’avenir sans repasser par le Parlement.
Ces déclassements concernent l’inté gralité d’un article dans 61 cas, et des alinéas, phrases, membres de phrase ou mots dans 439 cas.
Un des « recodificateurs », C. Radé, a avoué, dans la préface pour la nouvelle édition du « Dalloz » des 663 pages d’ordonnance : « Il faudra des mois, voire des années pour que le nouveau Code révèle tous ses secrets », tout en ajoutant que cela « exigera un effort colossal de la part des usagers »...

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Une droite toujours aussi conservatrice (extrait)
Laurent Paillard, Politologue

Pour différencier la gauche de la droite, on distingue deux clivages. Il y aurait, d’un côté, les questions économiques et sociales et, de l’autre, le clivage « sociétal ». Ce dédoublement du clivage gauche-droite permet de brouiller les repères : la gauche se serait « modernisée » en se convertissant au libéralisme et la droite aurait fait de même en acceptant la libération des femmes, la diversification des formes familiales...
En réalité, la droite n’a pas renoncé au conservatisme en matière « sociétale ». C’est particulièrement flagrant si l’on regarde de près ce qui concerne les femmes. Si, du point de vue du droit, elle s’est rapprochée de la gauche et légifère en faveur des femmes, elle oeuvre en même temps en sous-main pour que leur situation économique et sociale se dégrade, ce qui annule ces conquêtes juridiques.
L’idée du double clivage fait passer la droite pour moderne, alors qu’elle mène une politique de restauration d’un ordre ancien dans lequel les femmes sont éternellement dominées. Ordre qui est consubstantiel au productivisme. Il n’existe pas de questions « sociétales », ce novlanguisme sert à dépolitiser le phénomène de l’exploitation subi par les femmes, qui est une question économique et sociale.
Quel est le point commun entre la haine des 35 heures, le démantèlement des retraites, du système de santé publique, de l’Education nationale? Si l’on se limite à ces quatre domaines où le travail de restauration des conservateurs est le plus virulent, on voit que leur conjugaison met les jeunes françaises devant un choix terrible: travailler à plein temps ou avoir des enfants. En effet, si l’on compare le rapport entre les durées légales du travail et le taux de fécondité dans différents pays, on constate qu’il y a une corrélation entre les deux, qu’il faut pondérer avec d’autres facteurs tels que l’âge de l’entrée à l’école des enfants, le temps qu’ils y passent, et les aides à la garde des petits-enfants.
Ainsi la France, qui cumule une durée légale du travail relativement faible (35 heures) une scolarisation précoce et un temps scolaire conséquent flirte avec le taux de fécondité de 2 enfants par femme avec un taux d’activité des femmes ayant 2 enfants de 75 %. Au contraire, l’Italie, avec une durée légale de 38 heures et une scolarisation bien après 3 ans se situe à peine au dessus de 1,3 enfant par femme avec un taux d’activité de 55 % toujours avec 2 enfants. Si les Italiennes doivent choisir entre avoir des enfants et travailler, ce choix est moins pressant pour les françaises...

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La bataille idéologique de la finance carbone (extrait)
Aurélien Bernier, Secrétaire national du M’PEP

La crise financière tombe décidément bien mal. Audelà des gigantesques pertes qu’elle provoque et du chaos dans lequel elle plonge l’économie, elle marque aux yeux du public l’échec cuisant des politiques néo-libérales. Elle survient au moment même où la sphère de la finance s’apprêtait à gagner un terrain considérable, en particulier sur le plan idéologique. Comment? Grâce à l’alibi de la crise environnementale, en imposant le marché dérégulé à tous les étages où il n’était pas encore présent.
Pour la communauté internationale, le problème du changement climatique relève de la quadrature du cercle. La dérégulation bat son plein. Le libre-échange ne cesse de progresser et d’accomplir le transfert de pouvoir du politique vers les multinationales. Les mots d’ordre sont « moins d’État », « pas de taxe », « pas d’entrave au commerce ». L’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’emploie à supprimer toute barrière commerciale sans jamais se soucier de formation des prix, de dumping ou de cohérence dans les politiques monétaires.
Dans les années 1970, les grandes puissances économiques avaient déjà apporté leur réponse à l’émergence des préoccupations environnementales dans le débat public. Il s’agissait bien sûr du développement durable, qui évacuait toute réflexion sur le contenu de la croissance et confiait la résolution des problèmes à la technoscience et aux entreprises ellesmêmes, censées s’auto-responsabiliser. Avec le résultat que l’on sait, la dégradation des indicateurs environnementaux étant tout à fait proportionnelle au verdissement des rapports d’activité.
Malheureusement, la crise climatique est telle que ce maquillage ne suffit plus. Alors, que faire ? Contraindre les grandes entreprises? Rediscipliner la finance mondiale? On voit mal comment, puisque tout est mis en oeuvre depuis des années pour leur laisser le champ libre. Il faut donc trouver une autre solution. Ce sera le marché des droits à polluer.
Souvent perçu et présenté comme très complexe, ce système est en fait assez simple. On attribue aux pollueurs des droits à émettre des gaz à effet de serre (des quotas), l’unité de base étant la tonne de dioxyde de carbone.
On « titrise » en quelque sorte ces droits et l’on permet l’échange de ces titres sur un marché spécifique, appelé marché du carbone. Les entreprises doivent assurer un équilibre comptable en fin d’exercice entre leurs émissions réelles de polluants, inscrites au passif, et le volume de droits à polluer qu’elles détiennent, inscrites à l’actif...

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État d’exception, ou obsession sécuritaire du néo-libéralisme? (extrait)
Florent Bussy, Philosophe

Une série d’événements récents a fait des abus d’autorité un problème important pour les démocraties contemporaines. L’interpellation le 11 novembre 2008 d’un groupe de 9 jeunes gens soupçonnés d’avoir provoqué des pannes sur des lignes TGV, s’est accompagnée d’une criminalisation des opinions politiques par le ministère de l’Intérieur.
Les prévenus « étaient suivis par la police en raison de leur appartenance à l’ultragauche et à la mouvance anarcho autonome », « ils tiennent des discours très radicaux », « ils participaient de façon régulière à des manifestations politiques », par exemple « aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration ». L’arrestation le 28 novembre de l’ancien directeur de la publication du journal Libération, transféré menotté au Palais de Justice, dans le cadre d’une simple procédure de convocation judiciaire, a défrayé la chronique. L’intervention de chiens policiers dans des classes de collège pendant des opérations de contrôle de stupéfiants dans le Sud-Ouest de la France, dans la semaine du 20 novembre, a également provoqué des réactions indignées. La procureure de la République interrogée par La Dépêche du Midi a déclaré : « Les élèves ont peur de ces contrôles, ça crée de la bonne insécurité, satisfaisante à terme en matière de prévention. »
Ces actions de l’État entrent en contradiction avec l’idée qu’on se fait d’une société décente, fondée sur le respect des citoyens par les fonctionnaires de police et de justice. Elles pourraient être simplement versées au dossier des abus judiciaires et policiers, si elles ne constituaient les signes convergents d’une banalisation des pratiques d’intimidation et de répression.
Toutes proportions gardées à leur sujet, elles font pourtant apparaître le risque de faire de la sécurité publique le prétexte à la violation des principes fondamentaux du droit, à la déclaration de situations d’urgence. Mais convient-il cependant d’invoquer la notion d’état d’exception pour rendre compte de ces événements ?
Le problème de l’état d’exception, que les années 1970 avaient rendu sensible, en particulier en Amérique du Sud, a connu un regain inquiétant depuis les attentats du 11 septembre 2001, avec les pratiques de « restitutions extraordinaires » (transferts de prisonniers vers des pays pratiquant la torture), de suspension des libertés ou de surveillance auxquelles plusieurs États démocratiques, au premier rang desquels les États-Unis, ont eu recours, dans le but de combattre le terrorisme international qui touche leurs territoires...

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