Le Sarkophage - Journal d'analyse politique - contre tous les sarkozysmes
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Numéro 15 en kiosque le 14 novembre 2009
Numéro 16 en kiosque à partir du 16 janvier 2010
Sommaire numéro 4

Grenelle de l’insertion : dangers en perspective
Jean Gadrey

« De gauche » et contre les blocages?
Jérôme Valluy

Ligoter la vie
Jacques Testart

Travailleurs contre assistés ?
Philippe Godard

La fable de la mondialisation fraîche et joyeuse
Alain Bihr

L’immondialisation
Paul Ariès

La question de la nation, ou le retour du refoulé
Denis Collin

Penser est un combat
André Bellon

Prix bas pour tous!
Christian Jacquiau

Le travail de cochon des nouveaux amis « philosophes » de Nicolas Sarkozy
Alain Jugnon

Une politique économique de gauche?
Jacques Cossard

La ville de crises en crises
Jacques Rey

La famille des hurlusconis
Laurent Danet

Diplomatie de la puissance, ou ruse du capitalisme
Jean-Luc Pujo

Faut-il brûler le mérite et le travail ?
Laure Pascarel

Tags et graffitis
Franca Maï

Grenelle de l’insertion : dangers en perspective (extrait)
Jean Gadrey, Economiste, Lille 1

C’est curieux : ce sont les mêmes qui fustigent « l’esprit de Mai 68 » et qui lancent des « Grenelle » à tout bout de champ. Voici donc venu le « Grenelle de l’insertion », sous la houlette, cette fois, de Martin Hirsch, ancien président d’Emmaüs France, notre « Haut Commissaire aux Solidarités actives ». Dans ce langage codé, la solidarité « active » sognifie que, pour réduire la pauvreté et l’exclusion, il faut récompenser les « actifs », ceux qui « acceptent de se lever tôt ». En oubliant un fait de base : si l’économie ne crée pas assez d’emplois vraiment utiles et si l’on ne partage pas le volume de travail utile, si certains travaillent bien trop et d’autres pas assez ou pas du tout, on aura beau se lever avant l’aube et se démener comme un beau diable toute la journée, on n’aura toujours pas de job au crépuscule.
Si nous voulions nous assurer que Martin Hirsch mène une action en faveur du partage, ou une politique d’inspiration néolibérale forgée aux États-Unis, on peut se référer à Éric Le Boucher, grand chroniqueur économique au Monde, chantre de la croissance à perte de vue et de la libéralisation de presque tout, membre de la commission Attali. Et là, pas de doute, Martin Hirsch est bien vu de M. Le Boucher qui a même intitulé sa chronique du 25 novembre 2007 : « Le bon combat de Martin Hirsch », profitant au passage pour dire tout le bien qu’il pense de la mondialisation libérale actuelle, sous réserve qu’on engage les « réformes requises ». L’une d’elles est, justement, la lutte contre les « trappes à inactivité » où, n’ayant aucun intérêt à travailler étant donnée la générosité des minima sociaux, les gens s’enfermeraient dans l’assistanat.
Revenons à ce Grenelle. Il doit y être question en premier lieu, comme son nom l’indique, de « l’insertion », au sens où l’entendent les associations, chantiers et autres structures « d’insertion par l’économique ». Elles font un travail courageux et utile en s’adressant à des chômeurs de longue durée, que certains jugeraient « inemployables » au vu des difficultés qu’ils cumulent. Elles parviennent souvent, au bout d’un an par exemple, sinon à les mettre en situation de trouver un « vrai emploi », ce qui n’arrive que pour une petite minorité (surtout quand le taux de chômage du bassin d’emploi est élevé, cas fréquent), en tout cas à leur faire retrouver estime de soi, relations sociales et conditions de vie moins indécentes. Cela reste précaire, mais c’est bon à prendre, et cela irait encore mieux avec des perspectives où les acteurs n’auraient pas l’impression de contribuer à vider un réservoir de misère que d’autres continuent à remplir ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 4 du Sarkophage, en kiosque à partir du 19 janvier.

« De gauche » et contre les blocages ? (extrait)
Jérôme Valluy, Maître de conférences, Sciences-po,
Paris I

En réponse à une tribune publiée dans Le Monde en novembre 2007, Jérôme Valluy fustige l’attitude de certains « hommes de gauche ». En s’opposant aux blocages et à la grève, ils rejoignent en effet le camp de ceux pour qui, comme l’écrivait Roland Barthes, « la grève est un scandale : c'est-à-dire non pas seulement une erreur, un désordre ou un délit, mais un crime moral, une action intolérable qui trouble à leurs yeux la Nature ».
Dans le mouvement étudiant, les présidents d’Université et les collègues, qui participent de la façon la plus privilégiée aux systèmes de gouvernance interne de l’université et qui verraient, en cas de mise en oeuvre de la loi LRU, leurs privilèges accrus par la réforme en cours ont freiné les mobilisations étudiantes et enseignantes notamment en stigmatisant les « blocages » comme autant d’atteintes à la démocratie, à la liberté d’expression et au droit des usagers.
En ce qui concerne les présidents d’Université, le constat est tellement évident qu’il a servi de base à la constitution du collectif d’universitaires « Sauvons l’université » proclamant avec force que « les présidents d’université ne parlent pas en notre nom » (www.sauvonsluniversite.com). Ce serait pourtant se faire beaucoup d’illusion que de croire que des présidents d’Université peuvent gouverner seuls et s’opposer individuellement à l’ensemble de la communauté universitaire. Ils sont soutenus en interne par des collègues qui n’ont de cesse de stigmatiser les blocages.
L’argumentation, en tant que « syndicaliste », de Christophe Ramaux (Maître de conférence en économie, Paris 1), parue dans Le Monde du 29 novembre 2007 sous le titre de « Blocages mortifères », est assez emblématique d’une opinion certes minoritaire, mais activiste, dans les assemblées générales d’enseignants. Cela consiste à stigmatiser les blocages étudiants au nom de valeurs « de gauche » : la démocratie et la « vraie » lutte sociale. Ces discours freinant les mobilisations commencent généralement par un préliminaire contre la loi LRU, très vite suivi d’un appel à reprendre les cours et à commencer à débattre des conditions de mise en oeuvre de la loi (futurs statuts de l’université, budget, etc.), ce qui reviendrait implicitement à en accepter le cadre juridique et à proclamer ainsi l’échec du mouvement demandant son abrogation ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 4 du Sarkophage, en kiosque à partir du 19 janvier.

Travailleurs contre assistés? (extrait)
Philippe Godard, Essayiste

Nicolas Sarkozy a introduit – ou plutôt réintroduit – une rupture dans le regard politique que nous portons sur la société. Il a jeté aux oubliettes la vieille opposition historique entre exploiteurs et exploités, qui se déclinait aussi à travers les antagonismes entre bourgeoisie et prolétariat, riches et pauvres, ou oppresseurs et opprimés. Sarkozy y substitue une tout autre fracture : entre travailleurs et assistés.
Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a prétendu être en « rupture » avec un gouvernement, auquel il a pourtant appartenu jusqu’à sa fin, soutenu par un parti dont il était et reste le chef incontesté. À l’ère de la communication à outrance, cette rupture s’appuie plus sur un discours que sur la réalité. Mais peu importe, car le discours est devenu une part majeure de la réalité politique : nous sommes là quasiment dans l’énoncé performatif. Il suffit de dire pour faire advenir ! Ainsi, un homme qui s’affiche ouvertement avec les plus redoutables patrons sur le plan social –Arnault, Lagardère ou Bouygues – veut faire croire à des travailleurs modestes, voire pauvres (c’est-àdire la très grande part des travailleurs de ce pays, y compris selon les normes statistiques), qu’il est de leur côté. Il aura suffi d’affirmer sans nuance que les « assistés » sont des parasites et que les travailleurs ont droit à tous les égards pour qu’une partie du pays adhère à ces vues simplificatrices et manichéennes.
La voie était, depuis longtemps sans doute, libre pour une manipulation idéologique de cette ampleur. Car il y a longtemps maintenant que nous constatons, chez la plupart des partis politiques, l’affaiblissement de la vieille opposition entre riches et pauvres sous toutes ses variantes. L’élévation apparente du niveau de vie y est pour beaucoup – même si elle n’est que factice, car elle est au prix d’énormes déficits au niveau de l’État, d’une exploitation inhumaine du tiers-monde, d’un appauvrissement généralisé des ressources naturelles et d’une dégradation de l’environnement, entre autres – sans oublier le surendettement de centaines de milliers de Français. Mais l’immense majorité de nos concitoyens croient à la viabilité du modèle capitaliste. Aussi, exit l’opposition entre exploiteurs et exploités ou bourgeoisie et prolétariat. Plutôt que d’entendre parler de politique, grinçante qui plus est, ils se sont laissé envouter par les notes doucereuses de la pensée-Sarkozy ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 4 du Sarkophage, en kiosque à partir du 19 janvier.

Prix bas pour tous! (extrait)
Christian Jacquiau, Expert-comptable et commissaire aux comptes

Confondant entreprise et société, la gauche a toujours exprimé un certain mépris pour tout ce qui touche au monde de l’entreprise à taille humaine : paysans, commerçants, artisans et professions dites libérales. Elle les assimile volontiers aux « patrons », symboles de ce capitalisme qu’elle ne prétend pourtant même plus combattre, leur préférant ces transnationales généreuses et accueillantes dans lesquelles ses élites ne répugnent pas à pantoufler.
Ébloui par le discours social d’un Édouard Leclerc à tout jamais imprégné de son passé de séminariste, le PS a toujours voulu voir dans la grande distribution l’avènement de magasins populaires, fervents défenseurs de la veuve et de l’orphelin.
Ses publicités ne véhiculentelles pas cette idée fédératrice de prix bas pour tous, socialement très prometteuse ?
Dans l’inconscient socialiste, la grande distribution, avec ses hypermarchés, ses supermarchés et ses superettes en serait presque à relever du service public alors que le petit commerçant ne serait qu’un vil intermédiaire abusant des consommateurs.
« Défendrons nous les petits commerçants? », interrogeait récemment Attac France dans un article publié sur leur site Internet sous la rubrique Savoirs-Développement durable, à propos du rapport Attali.
Le groupe « Écologie et Société » du Conseil scientifique altermondialiste balaye le sujet en à peine plus de huit lignes, ramenant la problématique de la grande distribution à une nécessaire « cohérence dans les discours sur le commerce équitable, la limitation indispensable des transports de marchandises et l’arrêt de la bitumisation des sols par les surfaces de parking », accompagné de la préconisation d’une « remise en cause du modèle de consommation » dont on ne saura rien de plus (http://www.france.attac.org/spip.php?article7680). Tant pis pour la mission d’éducation populaire.
La gauche, dans toutes ses composantes, n’a toujours pas intégré le sujet dans sa dimension globale et transversale.
Comment le pourrait-elle aujourd’hui plus qu’hier, elle qui n’a pas vu, n’a pas su, n’a jamais voulu en déceler les dangers et en comprendre tous les enjeux ? ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 3 du Sarkophage, en kiosque à partir du 17 novembre.