Le Sarkophage - Journal d'analyse politique - contre tous les sarkozysmes
Numéro 1 - Numéro 2 - Numéro 3 - Numéro 4 - Numéro 5 - Numéro 6 - Numéro 7
Numéro 8 - Numéro 9 - Numéro 10 - Numéro 11 - Numéro 12 - Numéro 13 - Numéro 14
Numéro 15 en kiosque le 14 novembre 2009
Numéro 16 en kiosque à partir du 16 janvier 2010
Sommaire numéro 5

Le voleur de mots
Michel Guillem

Derrière la crise financière
Jean-Marie Harribey

Les rose-orange
Paul Ariès

Que veut la LCR ?
Christian Picquet

Le démagogue et le législateur
Laurent Paillard

Réforme des régimes spéciaux et crise du syndicalisme
Claude Debons

Pour en finir avec le jacobinisme
Yann Fievet

Des dangers du biorégionalisme
Paul Ariès

De l’indépendance du Kosovo
Frédérik Brandi

Le cirque médiatique
Alain Accardo

Question de femme, ou question d’âme?
Séverine Capeille

Le capitalisme à bicyclette
Vincent Cheynet

Parce que nous le valons bien
Yvon Bureau

Pour que le vent se lève
Jean-Luc Pujo

La preuve par l’absurde
Laurent Danet

Néolibéralisme et biopolitique
Isabelle Rochet

La sécurité, une valeur de gauche
Mireille Popelin

Modernisation du commerce
Véronique Gallais

À l’auberge espagnole du sarkozysme
Robert Charvin

Une gauche au PS
Gérard Filoche

L’impasse civilisationnelle
Gilles Sainati

Le jardinier et le politique
Gilles Clément


Dossier spécial "que faire de Mai 68 aujourd'hui ?

Edifier une mémoire vive
Charlotte Belge

Mai 68 autrement
Philippe Corcuff Actualité d'hier, urgence d'aujourd'hui

Patrick Silberstein
Un moment paradoxal
Jean-Claude Besson-Girard

La démocratie absolue
Alain Jugnon

Le voleur de mots (extrait)
Michel Guillem, Cybermilitant, Gestionnaire du site vousavezvotepourca.com

Espérance, Résistance, colonisation, politique de civilisation… autant de mots et de concepts confisqués et tordus par le chef de l’État au fil de ses discours. Ce « blanchiment de la langue » accompagne l’entreprise sarkozienne d’appauvrissement généralisé de la société de « tous contre tous ».
Des mots, des images, des valeurs sont peu à peu confisquées par un thésaurisateur d’un nouveau genre : Nicolas Sarkozy. L’ « espérance », confisquée par Le Pen en tant que slogan du second tour de 2002 (Entrez dans l’espérance), confisquée à nouveau par Nicolas Sarkozy en 2004 avec le titre d’un livre (La République, les religions, l’espérance), confisquée enfin et même aux croyants par une encyclique récente de Benoit XVI : Spe salvi, ou L’Espérance sauve en français.
Le mot « travail » a été volé par Sarkozy, alors que ce mot a été introduit en économie, et de quelle manière, par Marx, défendu par la gauche à travers son histoire politique afin de le rendre visible dans toute analyse économique sérieuse. Ceci dit, l’objet théorique ne risque rien de la part de Sarkozy, mais la vérité d’une exploitation de l’homme par l’homme, elle, va lui devoir beaucoup.
Le mot « gauche » subit un vol dont on peut situer l’origine dans l’incapacité de Nicolas Sarkozy de supporter la moindre contradiction. En effet, quand les oukases sont rebaptisés « dialogue social », on ne doit pas s’étonner que le refus du dialogue au niveau politique par le respect et l’écoute d’une opposition soit nommé « ouverture ».
La « Résistance » est captée au travers d’une icône, celle d’un fils de communiste fusillé (Guy Moquet), soigneusement déconnectée de tout lien historique afin d’en faire un objet médiatique et pédagogique au service d’une idée de la nation.
Il est à noter que les oeuvres du Conseil National de la Résistance que sont la Sécurité Sociale, la SNCF, les lois sur la liberté de la presse et son contrôle ne bénéficient pas du même intérêt de la part de notre président puisque attaquées, voire niées ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 5 du Sarkophage, en kiosque à partir du 22 mars.

Derrière la crise financière (extrait)
Jean-Marie Harribey, Économiste, Bordeaux IV, Coprésident d’ATTAC

La crise financière qui couvait depuis le mois d’août 2007 a éclaté et elle ressemble comme une soeur à beaucoup de celles qui l’ont précédée. En même temps, elle présente des traits nouveaux qui ne doivent pas être dissimulés derrière l’écran de fumée d’une « fraude » dont aurait été victime la banque championne du monde de la « couverture de risque ».
Partie du secteur immobilier, la crise a gangrené peu à peu le secteur bancaire et financier. Dans un contexte où la croissance économique américaine ne pouvait plus être tirée seulement par la consommation ostentatoire des classes riches, les banques américaines ont octroyé des prêts à des ménages de plus en plus modestes pour qu’ils accèdent à la propriété de leur logement ou développent leur consommation de manière générale : c’était le marché à haut risque, dit du subprime. Prêteurs comme emprunteurs pariaient sur la hausse des prix de l’immobilier, qui semblait n’avoir pas de fin. Pari absurde, car il était prévisible que les prix de l’immobilier se retourneraient un jour et que des taux d’intérêt variables finiraient par rendre insolvables ces ménages.
Entre temps, les banques avaient « titrisé » les hypothèques, c’est-à-dire qu’elles les avaient vendues sur les marchés financiers. Le problème est né lorsque, après le retournement du marché de l’immobilier, les détenteurs de ces titres ont souhaité les liquider alors que plus personne n’en voulait.
Pour faire face à cette crise de liquidité, les principales banques centrales ont, depuis l’été dernier, prêté des centaines de milliards de dollars et d’euros aux banques ordinaires et baissé à plusieurs reprises leurs taux d’intérêt directeurs. Cela n’a pas suffi à calmer l’angoisse grandissante des acteurs financiers, et notamment des banques qui, à l’approche de la fin de l’année 2007, voyaient avec terreur l’heure de vérité arriver : à combien s’élèveraient les pertes dues aux placements gangrenés par les subprimes ? On parle de plusieurs centaines, voire de milliers, de milliards de dollars. C’est la raison de la chute des bourses en janvier 2008 ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 5 du Sarkophage, en kiosque à partir du 22 mars.

Pour en finir avec le jacobinisme (extrait)
Yann Fievet, Professeur de sciences économiques et sociales

Le jacobinisme est politiquement, socialement, économiquement et écologiquement incompatible. Les défenseurs de l’État omnipotent refusent inlassablement de voir dans la libération des initiatives locales et citoyennes le début de solutions à nombre de maux de la société française d’aujourd’hui. À entretenir la confusion entre unité politique de la France et uniformité des instruments du gouvernement des choses et des Hommes, nous nous condamnons à n’apporter de remèdes qu’en marge des multiples dimensions de la crise globale qui nous frappe.
Osons poser de vraies questions à la nature profonde des structures d’organisation politico-administrative de notre société. Osons nous demander si, au lieu de réclamer plus d’État, il ne conviendrait pas mieux d’envisager un État confiant en la société civile et garant du respect de l’équilibre des pouvoirs. Ainsi montreraiton la mission indéniable d’une gauche digne de son nom.
En ce début de XXIe siècle, la démocratie est incessamment proclamée, mais reste pourtant très incertaine et incomplète. D’une part, les citoyens aspirent à davantage de pluralisme et de décentralisation, à l’instauration de contre-pouvoirs réels et à un contrôle efficace des institutions plus proche des réalités vécues. D’autre part, ils expriment le souhait croissant de politique et désirent le renforcement d’un lieu central où prend corps la volonté commune, protégeant du péril d’une gouvernance sans gouvernement.
Depuis deux siècles au moins, la France est un laboratoire des tensions entre le particulier et le général. Le procès de la centralisation a maintes fois été instruit depuis Tocqueville qui a fourni de solides arguments théoriques tant aux laudateurs qu’aux contempteurs du centralisme. Il convient désormais de dépasser ce débat infructueux en posant la question de la résistance indiscutable au jacobinisme. Ce « modèle » de gouvernement n’a pas cessé d’être largement dénoncé tout en étant analysé comme dominant. Ainsi, il n’est pas resté figé dans sa forme originelle, il s’est sensiblement transformé, réussissant habilement à rendre moins visible le contrôle permanent de l’administration centrale. La république de demain sera celle qui rompra le face-à-face stérile entre le jacobinisme maintenu dans ses exorbitantes prérogatives et ses résistances réduites aux marges qu’il veut bien lui abandonner. Cette rupture serait la garantie de la rénovation sociale et politique, le gage de la libération des énergies indispensables au dépassement de la crise écologique ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 5 du Sarkophage, en kiosque à partir du 22 mars.

Le démagogue et le législateur (extrait)
Laurent Paillard, Professeur de philosophie

Le gouvernement multiple les attaques contre l’institution judiciaire et le droit, ce n’est pas un hasard, mais cela correspond à une conception très précise du pouvoir. Il y a un rapport étroit entre le démantèlement de la carte judiciaire, les tentatives répétée pour imposer des lois rétroactives et la peine de sûreté qui sort du cadre strictement judiciaire. Tous ces faits font écho à la pratique démagogique et donc antidémocratique du pouvoir.
Si l’on essaie de définir la démocratie de façon élémentaire, on peut dire qu’elle repose sur le dialogue et donc qu’elle suppose un temps d’écoute et une construction réfléchie de la loi. Tous les pouvoirs essaient parfois de forcer le dialogue démocratique en imposant des lois dans l’urgence, mais Jean-Pierre Raffarin en a fait dès sa nomination à Matignon une technique assez systématique de gouvernement. Depuis les dernières présidentielles, la machine s’est emballée et nous allons de « feuilles de route » en procédures d’urgences sans que le pouvoir ne laisse le temps au débat d’idée de s’installer et de progresser sur aucun des sujets sur lesquels il légifère. Il existe pourtant certaines conditions auxquelles doit se plier un pouvoir pour être démocratique. Il doit d’abord laisser au débat le temps de s’installer pour que citoyens et opposition puissent évaluer le bien fondé de ce qui est proposé et, le cas échéant, de le refuser ou de le modifier. Un citoyen même éclairé ne peut pas s’instruire des subtilités d’un texte de loi par jour ou par semaine. On peut donc accuser la majorité de forcer l’adhésion du peuple en accumulant textes de loi sur textes de loi pour qu’après analyse l’opposition devienne inaudible puisque l’on est déjà passé à autre chose. Comme dans la chanson chantée par Jacques Brel, un rythme législatif effréné semble aboutir à l’impuissance de toute opposition en criant « au suivant » dés qu’elle ouvre la bouche. La temporalité de la démocratie est en effet nécessairement lente puisqu’elle est celle du dialogue et de la réflexion partagée ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 5 du Sarkophage, en kiosque à partir du 22 mars.

Néolibéralisme et biopolitique (extrait)
Isabelle Rochet, Professeur de philosophie, membre du comité de rédaction de la revue Mouvements

Il est temps de rompre avec cette croyance véhiculée par nombre de discours de gauche selon laquelle le néolibéralisme relèverait de la mise en oeuvre d’un programme économique, se traduisant par une moindre intervention de l’État. Le néolibéralisme, nouvelle manière de gouverner la société relève d’une nouvelle figure du pouvoir inédite, tant dans sa nature que dans ses effets.
L’approche à la fois historique et généalogique que Michel Foucault 1 en a produite a permis d’établir comment cet art de gouverner, programmé dès l’après-guerre, tant par l’école de l’ordolibéralisme allemand que par les néolibéraux américains est devenue programmation de la plupart des gouvernements des pays capitalistes, avec l’aval des partis sociaux-démocrates qui se sont ralliés à cet ensemble doctrinal. En outre, en caractérisant le néolibéralisme comme mode de gouvernementalité biopolitique, l’approche foucaldienne a permis de le déterminer comme un projet de refondation radical et global de la société. Qu’est-ce qui caractérise le nouveau mode de rationalité de cette politique néolibérale qui se donne la totalité des champs de l’existence pour objet ?
Loin d’affirmer le dépérissement de l’État, comme l’a montré Michel Foucault, l’art néolibéral de gouverner se caractérise comme résolument interventionniste. La multiplication des dispositifs juridiques pouvant garantir la liberté du marché témoigne de cette pratique gouvernementale à la fois destructrice et productrice de liberté dans la double exigence de garantir la liberté interne au marché et de produire des mesures de contrôle pour qu’elle puisse s’exercer. Ceci explique que l’acte ordolibéral exemplaire consiste à inscrire dans les textes constitutionnels des cadres ordonnateurs et régulateurs des processus économiques. En témoigne le fait que c’est dans le Traité constitutionnel Européen qu’est affirmé le principe d’une économie de marché régie par la concurrence libre et non faussée. Comme le formule très clairement Wendy Brown2 : « C’est par leur liberté que les sujets néolibéraux sont contrôlés » ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 5 du Sarkophage, en kiosque à partir du 22 mars.

L’impasse civilisationnelle (extrait)
Gilles Sainati, Magistrat, Ancien secrétaire général du syndicat de la magistrature

En confondant sûreté et sécurité, la loi sur la période de rétention administrative pour les pédophiles détruit la base même du droit. Elle participe d’un état d’exception permanent, guidé par la compassion et l’arbitraire au détriment du droit.
La loi sur la période de rétention administrative pour les criminels d’enfants est typique de la démarche sarkozyste : dangereuse, destructrice de l’État de droit et, finalement, inutile.
Dangereuse, car elle déroge au fondement principal du droit pénal en France : il ne peut y avoir de peine sans infraction. Or, précisément, en prévoyant une période de sûreté après la peine, en basant cet enfermement sur la notion de dangerosité, cette réforme pose comme principe fondateur la présomption de culpabilité basée sur un pronostic, c’est-àdire que l’on sanctionne l’hypothèse d’une nouvelle infraction ...
Inutile, car, dans sa version actuelle, ce nouveau texte ne concerne qu’à peine 1% des personnes déjà condamnées pour ce type de fait, mais surtout elle ne résout en rien le problème des délinquants sexuels dont on sait que la meilleure assurance contre leur récidive est la mise en place de réels soins en prison et ensuite d’un suivi pluridisciplinaire à l’extérieur, choses totalement délaissées par le pouvoir politique depuis des décennies, qui concentrent la totalité des moyens financiers à construire des prisons sans développer les structures socio-éducatives ... et de santé.
Cette loi du 8 janvier 2008 a fait enfin réagir les députés de l’opposition, qui se sont opposés farouchement à son adoption. Ce fut une bonne chose, mais leur colère, désapprobation, est à la hauteur de l’aveuglement dont ils étaient victimes cette dernière décennie. En effet, pour mettre en perspective les différents textes qui viennent d’être votés comme les peines plancher ou la réforme de la carte judiciaire, il faut comprendre que le sécuritaire sarkozyste basé sur une démagogie victimaire et une manipulation médiatique du fait divers n’est que l’aboutissement d’un consensus politique qui date des années 1995-2000 ...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 5 du Sarkophage, en kiosque à partir du 22 mars.