Sommaire numéro 5
Le voleur de mots
Michel Guillem
Derrière la crise financière
Jean-Marie Harribey
Les rose-orange
Paul Ariès
Que veut la LCR ?
Christian Picquet
Le démagogue et le législateur
Laurent Paillard
Réforme des régimes spéciaux et crise du syndicalisme
Claude Debons
Pour en finir avec le jacobinisme
Yann Fievet
Des dangers du biorégionalisme
Paul Ariès
De l’indépendance du Kosovo
Frédérik Brandi
Le cirque médiatique
Alain Accardo
Question de femme, ou question d’âme?
Séverine Capeille
Le capitalisme à bicyclette
Vincent Cheynet
Parce que nous le valons bien
Yvon Bureau
Pour que le vent se lève
Jean-Luc Pujo
La preuve par l’absurde
Laurent Danet
Néolibéralisme et biopolitique
Isabelle Rochet
La sécurité, une valeur de gauche
Mireille Popelin
Modernisation du commerce
Véronique Gallais
À l’auberge espagnole du sarkozysme
Robert Charvin
Une gauche au PS
Gérard Filoche
L’impasse civilisationnelle
Gilles Sainati
Le jardinier et le politique
Gilles Clément
Dossier spécial "que faire de Mai 68 aujourd'hui ?
Edifier une mémoire vive
Charlotte Belge
Mai 68 autrement
Philippe Corcuff Actualité d'hier, urgence d'aujourd'hui
Patrick Silberstein
Un moment paradoxal
Jean-Claude Besson-Girard
La démocratie absolue
Alain Jugnon
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Le voleur de mots (extrait)
Michel Guillem, Cybermilitant, Gestionnaire du site vousavezvotepourca.com
Espérance, Résistance, colonisation, politique de civilisation…
autant de mots et de concepts confisqués et tordus
par le chef de l’État au fil de ses discours. Ce « blanchiment
de la langue » accompagne l’entreprise sarkozienne d’appauvrissement
généralisé de la société de « tous contre
tous ».
Des mots, des images, des
valeurs sont peu à peu confisquées
par un thésaurisateur
d’un nouveau genre : Nicolas Sarkozy.
L’ « espérance », confisquée par
Le Pen en tant que slogan du second
tour de 2002 (Entrez dans l’espérance),
confisquée à nouveau par Nicolas Sarkozy
en 2004 avec le titre d’un livre
(La République, les religions, l’espérance),
confisquée enfin et même aux
croyants par une encyclique récente de
Benoit XVI : Spe salvi, ou L’Espérance
sauve en français.
Le mot « travail » a été volé par Sarkozy,
alors que ce mot a été introduit en
économie, et de quelle manière, par
Marx, défendu par la gauche à travers
son histoire politique afin de le rendre
visible dans toute analyse économique
sérieuse. Ceci dit, l’objet théorique ne
risque rien de la part de Sarkozy, mais la
vérité d’une exploitation de l’homme par
l’homme, elle, va lui devoir beaucoup.
Le mot « gauche » subit un vol dont
on peut situer l’origine dans l’incapacité
de Nicolas Sarkozy de supporter la
moindre contradiction. En effet, quand
les oukases sont rebaptisés « dialogue
social », on ne doit pas s’étonner que le
refus du dialogue au niveau politique
par le respect et l’écoute d’une opposition
soit nommé « ouverture ».
La « Résistance » est captée au travers
d’une icône, celle d’un fils de
communiste fusillé (Guy Moquet), soigneusement
déconnectée de tout lien
historique afin d’en faire un objet
médiatique et pédagogique au service
d’une idée de la nation.
Il est à noter que les oeuvres du
Conseil National de la Résistance que
sont la Sécurité Sociale, la SNCF, les
lois sur la liberté de la presse et son
contrôle ne bénéficient pas du même
intérêt de la part de notre président
puisque attaquées, voire niées ...
Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 5 du Sarkophage, en kiosque à partir du 22 mars.
Derrière la crise financière (extrait)
Jean-Marie Harribey, Économiste, Bordeaux IV, Coprésident d’ATTAC
La crise financière qui couvait depuis le mois d’août 2007 a éclaté et elle
ressemble comme une soeur à beaucoup de celles qui l’ont précédée. En
même temps, elle présente des traits nouveaux qui ne doivent pas être dissimulés
derrière l’écran de fumée d’une « fraude » dont aurait été victime
la banque championne du monde de la « couverture de risque ».
Partie du secteur immobilier, la
crise a gangrené peu à peu le secteur
bancaire et financier. Dans
un contexte où la croissance économique
américaine ne pouvait plus être
tirée seulement par la consommation
ostentatoire des classes riches, les
banques américaines ont octroyé des
prêts à des ménages de plus en plus
modestes pour qu’ils accèdent à la propriété
de leur logement ou développent
leur consommation de manière générale
: c’était le marché à haut risque, dit
du subprime. Prêteurs comme emprunteurs
pariaient sur la hausse des prix de
l’immobilier, qui semblait n’avoir pas
de fin. Pari absurde, car il était prévisible
que les prix de l’immobilier se
retourneraient un jour et que des taux
d’intérêt variables finiraient par rendre
insolvables ces ménages.
Entre temps, les banques avaient
« titrisé » les hypothèques, c’est-à-dire
qu’elles les avaient vendues sur les
marchés financiers. Le problème est né
lorsque, après le retournement du marché
de l’immobilier, les détenteurs de
ces titres ont souhaité les liquider alors
que plus personne n’en voulait.
Pour faire face à cette crise de liquidité,
les principales banques centrales
ont, depuis l’été dernier, prêté des centaines
de milliards de dollars et d’euros
aux banques ordinaires et baissé à plusieurs
reprises leurs taux d’intérêt
directeurs. Cela n’a pas suffi à calmer
l’angoisse grandissante des acteurs
financiers, et notamment des
banques qui, à l’approche de la fin
de l’année 2007, voyaient avec terreur
l’heure de vérité arriver : à
combien s’élèveraient les pertes
dues aux placements gangrenés par
les subprimes ? On parle de plusieurs
centaines, voire de milliers,
de milliards de dollars. C’est la raison
de la chute des bourses en janvier
2008 ...
Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 5 du Sarkophage, en kiosque à partir du 22 mars.
Pour en finir avec le jacobinisme (extrait)
Yann Fievet, Professeur de sciences économiques et sociales
Le jacobinisme est politiquement, socialement, économiquement et écologiquement
incompatible. Les défenseurs de l’État omnipotent refusent inlassablement de voir
dans la libération des initiatives locales et citoyennes le début de solutions à
nombre de maux de la société française d’aujourd’hui. À entretenir la confusion
entre unité politique de la France et uniformité des instruments du gouvernement
des choses et des Hommes, nous nous condamnons à n’apporter de remèdes qu’en
marge des multiples dimensions de la crise globale qui nous frappe.
Osons poser de vraies questions à la
nature profonde des structures d’organisation
politico-administrative de
notre société. Osons nous demander si, au
lieu de réclamer plus d’État, il ne conviendrait
pas mieux d’envisager un État confiant
en la société civile et garant du respect de
l’équilibre des pouvoirs. Ainsi montreraiton
la mission indéniable d’une gauche digne
de son nom.
En ce début de XXIe siècle, la démocratie
est incessamment proclamée, mais reste
pourtant très incertaine et incomplète. D’une
part, les citoyens aspirent à davantage de
pluralisme et de décentralisation, à l’instauration
de contre-pouvoirs réels et à un
contrôle efficace des institutions plus proche
des réalités vécues. D’autre part, ils expriment
le souhait croissant de politique et
désirent le renforcement d’un lieu central où
prend corps la volonté commune, protégeant
du péril d’une gouvernance sans gouvernement.
Depuis deux siècles au moins, la France
est un laboratoire des tensions entre le particulier
et le général. Le procès de la centralisation
a maintes fois été instruit depuis Tocqueville
qui a fourni de solides arguments
théoriques tant aux laudateurs qu’aux
contempteurs du centralisme. Il convient
désormais de dépasser ce débat infructueux
en posant la question de la résistance indiscutable
au jacobinisme. Ce « modèle » de
gouvernement n’a pas cessé d’être largement
dénoncé tout en étant analysé comme dominant.
Ainsi, il n’est pas resté figé dans sa
forme originelle, il s’est sensiblement transformé,
réussissant habilement à rendre moins
visible le contrôle permanent de l’administration
centrale. La république de demain
sera celle qui rompra le face-à-face stérile
entre le jacobinisme maintenu dans ses exorbitantes
prérogatives et ses résistances
réduites aux marges qu’il veut bien lui abandonner.
Cette rupture serait la garantie de la
rénovation sociale et politique, le gage de la
libération des énergies indispensables au
dépassement de la crise écologique ...
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Le démagogue et le législateur (extrait)
Laurent Paillard, Professeur de philosophie
Le gouvernement multiple les attaques contre
l’institution judiciaire et le droit, ce n’est pas un
hasard, mais cela correspond à une conception
très précise du pouvoir. Il y a un rapport étroit
entre le démantèlement de la carte judiciaire, les
tentatives répétée pour imposer des lois rétroactives
et la peine de sûreté qui sort du cadre strictement
judiciaire. Tous ces faits font écho à la pratique
démagogique et donc antidémocratique du
pouvoir.
Si l’on essaie de définir la
démocratie de façon élémentaire,
on peut dire qu’elle
repose sur le dialogue et donc
qu’elle suppose un temps d’écoute
et une construction réfléchie de la
loi. Tous les pouvoirs essaient parfois
de forcer le dialogue démocratique
en imposant des lois dans
l’urgence, mais Jean-Pierre Raffarin
en a fait dès sa nomination à
Matignon une technique assez
systématique de gouvernement.
Depuis les dernières présidentielles,
la machine s’est emballée et
nous allons de « feuilles de route »
en procédures d’urgences sans que
le pouvoir ne laisse le temps au
débat d’idée de s’installer et de progresser
sur aucun des sujets sur lesquels
il légifère. Il existe pourtant
certaines conditions auxquelles
doit se plier un pouvoir pour être
démocratique.
Il doit d’abord laisser au débat le
temps de s’installer pour que
citoyens et opposition puissent évaluer
le bien fondé de ce qui est proposé
et, le cas échéant, de le refuser
ou de le modifier. Un citoyen
même éclairé ne peut pas s’instruire
des subtilités d’un texte de loi
par jour ou par semaine. On peut
donc accuser la majorité de forcer
l’adhésion du peuple en accumulant
textes de loi sur textes de loi
pour qu’après analyse l’opposition
devienne inaudible puisque l’on est
déjà passé à autre chose. Comme
dans la chanson chantée par
Jacques Brel, un rythme législatif
effréné semble aboutir à l’impuissance
de toute opposition en criant
« au suivant » dés qu’elle ouvre la
bouche. La temporalité de la démocratie
est en effet nécessairement
lente puisqu’elle est celle du dialogue
et de la réflexion partagée ...
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Néolibéralisme et biopolitique (extrait)
Isabelle Rochet, Professeur de philosophie, membre du comité de rédaction de la revue Mouvements
Il est temps de rompre avec cette croyance véhiculée par nombre de discours de gauche selon laquelle
le néolibéralisme relèverait de la mise en oeuvre d’un programme économique, se traduisant par une
moindre intervention de l’État. Le néolibéralisme, nouvelle manière de gouverner la société relève
d’une nouvelle figure du pouvoir inédite, tant dans sa nature que dans ses effets.
L’approche à la fois historique
et généalogique que
Michel Foucault 1 en a produite
a permis d’établir comment
cet art de gouverner, programmé
dès l’après-guerre, tant par l’école
de l’ordolibéralisme allemand que
par les néolibéraux américains est
devenue programmation de la plupart
des gouvernements des pays
capitalistes, avec l’aval des partis
sociaux-démocrates qui se sont ralliés
à cet ensemble doctrinal. En
outre, en caractérisant le néolibéralisme
comme mode de gouvernementalité
biopolitique, l’approche
foucaldienne a permis de le déterminer
comme un projet de refondation
radical et global de la société.
Qu’est-ce qui caractérise le nouveau
mode de rationalité de cette
politique néolibérale qui se donne
la totalité des champs de l’existence
pour objet ?
Loin d’affirmer le dépérissement
de l’État, comme l’a montré
Michel Foucault, l’art néolibéral de
gouverner se caractérise comme
résolument interventionniste. La
multiplication des dispositifs juridiques
pouvant garantir la liberté
du marché témoigne de cette pratique
gouvernementale à la fois
destructrice et productrice de
liberté dans la double exigence de
garantir la liberté interne au marché
et de produire des mesures de
contrôle pour qu’elle puisse s’exercer.
Ceci explique que l’acte ordolibéral
exemplaire consiste à inscrire
dans les textes constitutionnels
des cadres ordonnateurs et
régulateurs des processus économiques.
En témoigne le fait que
c’est dans le Traité constitutionnel
Européen qu’est affirmé le principe
d’une économie de marché régie
par la concurrence libre et non
faussée. Comme le formule très
clairement Wendy Brown2 : « C’est
par leur liberté que les sujets néolibéraux
sont contrôlés » ...
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L’impasse civilisationnelle (extrait)
Gilles Sainati, Magistrat, Ancien secrétaire général du syndicat de la magistrature
En confondant sûreté et sécurité, la loi
sur la période de rétention administrative
pour les pédophiles détruit la base même
du droit. Elle participe d’un état d’exception
permanent, guidé par la compassion
et l’arbitraire au détriment du droit.
La loi sur la période de rétention
administrative pour les criminels
d’enfants est typique de la démarche
sarkozyste : dangereuse, destructrice de l’État
de droit et, finalement, inutile.
Dangereuse, car elle déroge au fondement
principal du droit pénal en France : il ne peut
y avoir de peine sans infraction. Or, précisément,
en prévoyant une période de sûreté
après la peine, en basant cet enfermement sur
la notion de dangerosité, cette réforme pose
comme principe fondateur la présomption de
culpabilité basée sur un pronostic, c’est-àdire
que l’on sanctionne l’hypothèse d’une
nouvelle infraction ...
Inutile, car, dans sa version actuelle, ce
nouveau texte ne concerne qu’à peine 1% des
personnes déjà condamnées pour ce type de
fait, mais surtout elle ne résout en rien le problème
des délinquants sexuels dont on sait
que la meilleure assurance contre leur récidive
est la mise en place de réels soins en prison
et ensuite d’un suivi pluridisciplinaire à
l’extérieur, choses totalement délaissées par
le pouvoir politique depuis des décennies, qui
concentrent la totalité des moyens financiers
à construire des prisons sans développer les
structures socio-éducatives ... et de santé.
Cette loi du 8 janvier 2008 a fait enfin
réagir les députés de l’opposition, qui se sont
opposés farouchement à son adoption. Ce fut
une bonne chose, mais leur colère, désapprobation,
est à la hauteur de l’aveuglement dont
ils étaient victimes cette dernière décennie.
En effet, pour mettre en perspective les différents
textes qui viennent d’être votés comme
les peines plancher ou la réforme de la carte
judiciaire, il faut comprendre que le sécuritaire
sarkozyste basé sur une démagogie victimaire
et une manipulation médiatique du
fait divers n’est que l’aboutissement d’un
consensus politique qui date des années
1995-2000 ...
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