Le Sarkophage - Journal d'analyse politique - contre tous les sarkozysmes
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Numéro 15 en kiosque le 14 novembre 2009
Numéro 16 en kiosque à partir du 16 janvier 2010
Sommaire numéro 9

Faut-il sauver le capitalisme en sacrifiant l’humanité ?
Paul Ariès

Le catholicisme serait-il de droite ?
Alain Jugnon

Où sont les cathos de gauche ?
Christian Terras

Quel avenir pour les classes moyennes ?
Jean-Luc Debry

Ca suffit comme ça !
Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez

Créationnismes, laïcité et réformes de l’enseignement
Olivier Brosseau et Cyrille Baudouin

Les matérialistes ont-ils une âme ?
Pascal Charbonnat

Alzheimer, cancer, stérilité... et si c’était aussi la pollution ?
Catherine Levraud

La croissance élitiste
Jean-Marie Harribey

Philosophie de la banqueroute
Philippe Godard

Les économistes à la corbeille
Thierry Ribault

La planification à l’ordre du jour
Michel Husson

Comment rationner l’énergie ?
Mathilde Szuba

Qu’est-ce que l’économie distributive ?
Marie-Louise Duboin

Au cas par cas
Laurent Paillard

Sous les couches-culottes, le pot aux roses
Thierry Ribault

Faut-il sauver le capitalisme en sacrifiant l’humanité ? (extrait)
Paul Ariès, Politologue

Jean-Louis Borloo vient de faire voter sa loi Grenelle. Tout confirme que nous avions eu raison de nous associer au contre-Grenelle de l’environnement. En effet, si le Grenelle était bien sarko-compatible, l’écologie, elle, n’est pas toujours écolo-compatible. Ce n’est pas que le compte n’y est pas, contrairement à ce qu’ont déclaré certaines ONG environnementalistes, mais la direction prise est franchement mauvaise avec le choix de faire payer la crise écologique aux pauvres, la foi que si un peu de croissance pollue, beaucoup dépollue et l’idée que la solution serait un nouveau capitalisme vert.
Les antiproductivistes sous-estiment gravement la capacité du capitalisme à survivre à l’effondrement environnemental au prix éventuellement d’un véritable désespècement. Le « capitalisme vert » n’est pas une simple opération de greenwashing destinée à repeindre en vert les guérites de la société industrielle et de l’hyperconsommation, mais correspond au projet de modifier profondément la planète et l’humanité. L’idéologie du développement durable est ainsi en train de connaître une mutation. Le « développement durable » à la Nicolas Hulot, qui reposait sur une logique de bons sentiments, était certes un marché de dupes puisqu’il consistait à « polluer un peu moins pour pouvoir polluer plus longtemps », mais restait encore trop critique. Pour preuve : le gentil Nicolas ne vient-il pas de déclarer que « le capitalisme est obsolète » ? Bolchevique ! C’est pourquoi Laurence Parisot, patronne du Medef, et Claude Allègre, ex-ministre socialiste, proposent, eux, de passer d’une écologie dénonciatrice et culpabilisatrice à une écologie réparatrice, c’est-à-dire de marier croissance et écologie, capitalisme et écologie. Ce « capitalisme vert » est celui qui triomphe depuis le Grenelle de l’environnement : sa devise est de « polluer pour pouvoir dépolluer », avec l’objectif de créer de nouveaux marchés tout aussi juteux que ceux qui ont permis jusqu’alors « la domination des uns sur les autres et de tous sur la planète ». Ce « capitalisme vert » repose sur une fuite en avant dans la destruction/création qui caractérise la logique même du capitalisme...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 9 du Sarkophage, en kiosque à partir du 15 novembre.

Le catholicisme serait-il de droite ? (extrait)
Alain Jugnon, Philosophe

Le but du sarkozysme serait d’instaurer une société d’ordre et pas nécessairement une société religieuse. Sarkozy est cependant convaincu que cette carte est la seule capable de redonner durablement la main à la droite conservatrice mondiale. Il entend donc réveiller les forces endormies depuis la séparation de l’Église et de l’État. Faut-il rappeler que la France est le pays européen où l’on déclare le moins croire en Dieu et que la pratique religieuse y est particulièrement faible ? L’enjeu est de jouer Marie et Fatima contre Marianne. Il faut pour cela avoir une âme d’incendiaire, car on ne joue pas impunément en France avec les thèmes de la laïcité et de la religion.
Toujours, la droite qui veut penser, pense contre l’intelligence. Toujours cette droite prend de haut l’humain qui pense avant elle, à côté d’elle et contre elle, car l’intelligence des hommes pense nécessairement sans la droite, autrement dit contre elle. Un mythe circule, que cette droite honteuse d’elle-même aime à diffuser : ce serait le roman qui serait de droite, le grand roman, la littérature avec lui, les héros et les saints compris dedans. C’est précisément cela le jeu de droite : déplacer le regard, détourner le réel pour fictionner tranquille ; il y a bien du roman dans l’air de droite, mais le roman est cela même que joue cette droite malade d’elle-même ; c’est le roman de sa représentation, de sa mise en images, de sa folie télécratique et de son populisme morbide. La droite en France pue de l’âme, elle se fonde et se vit, agit et légifère, nihiliste, au pouvoir et rancunière : la droite française, celle qui gagne et qui sourit sur les écrans, est contre-révolutionnaire. Cette droite prend, vole et viole les mots et les images qu’il faut pour poursuivre et pour consister encore dans l’intelligence et la pensée dite. Cette droite, mine de rien, exposée et exprimée (par les médias, par le vote, par les livres, par les choses et par les films), nous mange l’humanisme réel sur le dos : il s’agit au plus vite de nous retourner sur nous-mêmes, voir cela, puis reconnaître que l’homme dont cette droite nous parle n’est pas l’humanité que nous sommes, mais son image inversée, sa forme niée et son droit bafoué...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 9 du Sarkophage, en kiosque à partir du 15 novembre.

Créationnismes, laïcité et réformes de l’enseignement (extrait)
Olivier Brosseau et Cyrille Baudouin, Biologiste et Physicien

La guerre contre la raison n’est jamais à court de munitions. Après avoir évincé le fameux principe connu sous le nom du rasoir d’Occam (selon lequel on foit exclure la multiplication des raisons à l’intérieur d’une construction logique), après avoir voulu tuer Marx et sa conception de l’histoire ainsi que Freud et ses thèses sur l’inconscient, le créationnisme constitue une remise en cause radicale de la théorie de l’évolution découlant des travaux de Darwin. Rien ne serait plus faux de croire que ces courants religieux et cosmologiques n’ont pas d’enjeux politiques.
Les élections à la présidence américaine ont vu resurgir la question du créationnisme. Interrogés sur leur position concernant « l’enseignement du créationnisme à l’école », le candidat républicain John Mac Cain et sa colistière Sarah Palin, ont répondu en choeur que les « étudiants doivent être exposés à toutes les théories et à toutes les pensées possibles » ; autrement dit, le créationnisme doit être enseigné aux côtés de la théorie de l’évolution. Rien de surprenant, ils sont les dignes héritiers de Ronald Reagan puis de Georges W. Bush qui parlaient eux de « traitement équitable » entre les deux. Ah, ces Américains… Heureusement que notre socle laïque empêche l’enseignement de telles sornettes dans nos écoles, diront certains. Pourtant, en décembre 2007, Nicolas Sarkozy déclare au Latran que « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le Bien et le Mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé dans la radicalité du sacrifice de sa vie ». Par ses discours, le président de la République enfonce un coin dans le principal rempart qui se dresse devant le prosélytisme des mouvements créationnistes, la laïcité définie selon la loi de 1905. La volonté de vouloir redonner un pouvoir social aux religions trouve un écho dans les réformes actées ou prévues de l’Éducation nationale. Ainsi, en février 2008, dans le cadre du volet éducation de la dynamique « Espoir banlieues », le ministre de l’Éducation Xavier Darcos et la secrétaire d’état chargée de la politique de la ville Fadela Amara annoncent la création d’« un fonds d’intervention spécifique “Espoir banlieues” [...] créé sur le budget de l’Éducation nationale pour permettre le financement des dépenses de fonctionnement des établissements privés qui accepteraient d’ouvrir des classes dans les banlieues ». L’État viole ainsi sa mission d’assurer un enseignement ouvert à tous, gratuit et laïque, en sous-traitant à l’Église catholique. Les nouveaux programmes de seconde annoncés récemment par Xavier Darcos complètent le tableau. Cette fois, c’est l’enseignement des sciences qui est en ligne de mire et qui se voit relégué en dehors d’un tronc commun pour devenir un module optionnel. L’absence de culture scientifique pour les futurs adultes ouvrirait ainsi une porte par laquelle les créationnistes, partisans d’une réintroduction d’une transcendance dans la démarche scientifique et spécialistes en théories pseudo-scientifiques, ne manqueraient pas de s’engouffrer. Mais en quoi le créationnisme constitue- t-il un problème de société ?...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 9 du Sarkophage, en kiosque à partir du 15 novembre.

Alzheimer, cancer, stérilité... et si c’était aussi la pollution ? (extrait)
Catherine Levraud, Médecin, membre de l’ASEP

Le gouvernement entend imposer le projet de loi Bachelot sur la réforme de la Santé sans véritable concertation et à marche forcée. Le Sarkophage est totalement solidaire des luttes pour la défense du service public, mais nous pensons que cela ne règle pas tout. La défense du droit à la santé pour tous passe aussi parune remise en cause du modèle économique, technique et idéologico-scientifique. Il faut soigner bian sûr, mais aussi se souvenir que prévenir vaut mieux que guérir, ce qui suppose de renforcer l’appareil législatif contre toutes les formes de nuisances. Nous mourons de la pollution, même si les grands laboratoires et le corps médical font semblant d’ignorer que nos pathologies sont les conséquences de nos choix économiques. Le plan Alzheimer de Sarkozy est-il vraiment à la hauteur des enjeux? Et si nous choisissions de refouler les véritables causes parce qu’elles remettent en question notre civilisation productiviste et consumériste?
Si je vous dis « atteintes à l’environnement », vous pensez d’abord derniers castors et forêt amazonienne. Si je vous dis « pollution », vous pensez à un danger potentiel et vague, à la lointaine Chine, aux camions là-bas sur l’autoroute. Mais si je vous dis « leucémie du tout-petit », « traitements de la stérilité », ou « maladie d’Alzheimer », vous ne pensez ni aux atteintes à l’environnement ni à la pollution. Pourtant, vous devriez... Regardons autour de nous, et prenons quelques données publiques en provenance de pays européens (pays industrialisés et d’agriculture de type industriel, où la protection des populations et des travailleurs est censée exister, et où la médecine est plutôt accessible). En Europe, les malformations des nouveau-nés de sexe mâle ont été multipliées par deux entre 1985 et 2000, les enfants d’agriculteurs étant très fortement touchés. Il y a 15 % de couples stériles ; on constate chaque année, depuis 50 ans, 1 % de spermatozoïdes en moins dans les régions touchées par la pollution chimique, les ouvriers agricoles étant les plus atteints. Les maladies d’origine neurotoxiques ont été plus particulièrement étudiées chez les ouvriers viticoles, qui souffrent 5,6 fois plus de maladie de Parkinson et 2,3 fois plus de maladies de type Alzheimer que le reste de la population. Certaines maladies sont en augmentation inquiétante, et il est maintenant reconnu qu’elles sont en lien direct avec les polluants : les troubles psychologiques, ceux de la mémoire, l’anxiété, la dépression ; mais aussi les troubles immunitaires et l’asthme ; mais encore le diabète et l’obésité. Concernant les troubles immunitaires, ces atteintes sont particulièrement inquiétantes, car c’est notre immunité qui nous permet de juguler les infections et les cancers qui menacent...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 9 du Sarkophage, en kiosque à partir du 15 novembre.

La croissance élitiste (extrait)
Jean-Marie Harribey, Économiste, coprésident d’Attac

Le président de l’Office français des conjonctures économiques (OFCE), Jean-Paul Fitoussi, et l’un des chercheurs de cet institut, Éloi Laurent, viennent de publier La Nouvelle écologie politique, économie et développement humain (Seuil, 2008). Leur projet est de critiquer l’idée que « à mesure que l’humanité s’affranchit de la misère, une nouvelle loi de Malthus semble devoir lui barrer la route », alors qu’est en passe d’être tenue « la promesse du développement », au vu « des centaines de millions d’individus jusque-là tenus en marge de l’aisance [qui] entrent dans l’ère du progrès ». Ainsi, le livre développe une problématique dénonçant les illusions et les dangers d’un abandon du développement et de la croissance, car le progrès sera toujours possible, sous condition de la démocratie et de la réduction des inégalités.
J’ai pour ma part suffisamment critiqué, sur la base du refus du productivisme, le manque de rigueur des théoriciens de la décroissance 1 pour estimer nécessaire d’examiner de près la démarche de Fitoussi et Laurent, d’autant plus que celle-ci prétend fonder un paradigme alternatif tant au néolibéralisme qu’à ce qu’ils appellent un nouveau malthusianisme. L’essai de Fitoussi et Laurent soulève deux questions : quelle est la vision (on appelle cela l’épistémologie) de la science économique des auteurs, et quelle est leur conception du progrès et de sa faisabilité ?
Quelle vision de la science économique ?
Les auteurs nous avertissent d’emblée qu’il y a en économie deux démarches ou « paradigmes » : celui de la « régulation interne » du système – c’est-à-dire par le marché, cher aux libéraux qui le tiennent pour un régulateur omniscient – et celui de la « régulation externe » organisée par la puissance publique et sans laquelle le marché conduit au chaos. En amont de cette typologie, il est supposé que la régulation, interne ou externe, ne porte que sur un objet immuable, l’économie telle que nous la connaissons et qui n’est jamais nommée dans ce livre : le capitalisme. Les auteurs prétendent construire un nouveau paradigme dont l’objet n’est jamais identifié, comme si les rapports sociaux capitalistes avaient toujours existé et étaient promis à l’éternité. Or, cette posture n’est pas universelle : elle est celle d’une certaine synthèse, beaucoup plus néoclassique que keynésienne, admettant qu’on peut transposer la rationalité individuelle à l’échelle collective, bien qu’il ait été démontré le contraire...

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 9 du Sarkophage, en kiosque à partir du 15 novembre.